Quelque 70 personnes ont pris part le 18 janvier 2020 au 10e forum œcuménique romand du monde du travail, réuni à Lausanne. Les participants, dont nombre de migrants, ont échangé sur les espoirs, les di!icultés, les obstacles mais aussi les potentiels pour intégrer la vie professionnelle en Suisse.

Les divers témoignages des parcours des migrants et des réfugiés ont montré qu’il n’y pas de recette tout faite pour réussir son intégration en Suisse. Entre migrants, autorités responsables, services d’encadrement, associations d’entraide et services d’Eglise, l’échange n’est pas toujours simple et facile. Les témoignages des migrants ont montré cependant qu’avec la volonté, le courage, la tenacité et l’entraide, l’intégration dans le monde du travail en Suisse est possible.

Quand on vient d’un pays lointain, les codes de la vie quotidienne et les normes professionnelles sont complètement di!érentes de ce qu’on a connu auparavant. Lorsqu’on ne connaît ni la langue, ni la culture, lorsqu’on ne bénéficie pas de titre de séjour, trouver un travail en Suisse est di!icile. Pour un employeur, engager un migrant ou un réfugié représente aussi un pari. Le Forum a permis de partager des expériences d’intégration professionnelle vécue tant par des migrants que par des employeurs.

Zinat a fui l’Afghanistan à 14 ans Zinat a fui l’Afghanistan seul à l’âge de 14 ans. Après un périple terrible de quatre mois sur le chemin de l’exil, il a débarqué en Suisse à fin 2015. Il ne parlait et ne comprenait que sa langue maternelle. Quatre ans plus tard, il explique avec fierté en français qu’il a commencé un apprentissage de menuisier dans une entreprise jurassienne. Son employeur a fondé son engagement sur sa volonté d’apprendre et ses capacités manuelles, plus que sur ses capacités scolaires. Ce succès n’a été possible que grâce à toute une chaîne de solidarité qui a soutenu la volonté de Zinat de s’intégrer: autorités de l’asile, tuteur famille d’accueil, employeur, membres des associations d’aide aux requérants d’asile.

Conductrice de bus Yamileth, colombienne, est arrivée en Suisse, il y a quatre ans avec son dernier enfant âgé de 4 ans. Elle a travaillé d’abord comme employée de maison. Elle a appris le français seule, le soir après sa journée de travail avec des manuels et un dictionnaire. Elle a ensuite enchaîné divers emplois temporaires dans la logistique, puis comme aide soignante pour une personne handicapée. Comme elle voulait aller plus loin, elle a postulé pour devenir conductrice de bus aux Transports publics lausannois. Mais elle devait pour cela obtenir d’abord le permis de remorque, à ses frais. Après deux échecs, la troisième tentative est la bonne. Aujourd’hui elle conduit les bus urbains. Là aussi de nombreuses solidarités lui ont permis d’atteindre cet objectif.

Tendre la main Les échanges ont permis de se demander quelles sont les conditions à une bonne intégration et les pistes à promouvoir pour la rendre plus facile. «Quatre problématiques ont été identifiées», rapporte Jean-Claude Huot, responsable de la pastorale catholique du monde du travail pour le canton de Vaud. La première concerne le type d’emplois que peuvent occuper les migrants. De leur côté ces derniers doivent aussi parfois passer de leur rêve à un projet plus réaliste. Tisser un réseau de contact est la troisième piste importante. Enfin, il faut prendre le temps qu’il faut pour un accompagnement personnel. Pour écouter les personnes, leurs di!icultés et leurs espoirs.

En ce sens les services et les mouvements d’Eglise ont un rôle important à jouer, pour tendre la main, relève Jean-Claude Huot. Du côté du migrant, il faut aussi accepter cette main tendue. Oser aller à la rencontre des autres, participer à des manifestations, s’exprimer.

Pour un marché du travail moins formalisé Enfin, pour Jean-Claude Huot il conviendrait d’adopter une certaine souplesse par rapport aux diplômes, aux règles du travail et du marché suisse. Il s’agirait de pouvoir mieux valoriser des savoir-faire concrets, plutôt que d’étou!er toutes les initiatives sous les exigences administratives. «Je pense à une économie «informelle mais formalisée» qui pourrait se développer notamment dans ce qui touche l’écologie.»

Jean-Claude Huot