Le 9e Forum œcuménique romand Monde du travail s’est terminé le 10 novembre 2018 par de nombreuses questions sur le sens de la numérisation des processus du travail. Pourquoi finalement utiliser des machines toujours plus performantes et intelligentes ?

La journée, regroupant plus de 50 personnes, a débuté par un exposé de Sébastien Kulling de DigitalSwitzerland sur la « 4e révolution industrielle ». Il a souligné la nécessité pour la Suisse de rester à la pointe du développement technologique et les atouts dont notre pays disposait pour rester dans la course. Par un exemple, celui du médecin dont le patient est informé directement par les outils technologiques de son diagnostic, il a relevé aussi le potentiel positif des nouvelles technologies : elles permettent un dialogue plus horizontal, ici entre le patient et son médecin.

Après une bonne heure d’échange en petits groupes, le dialogue s’est poursuivi avec Aliénor de Fougeroux, psychologue du travail. Celle-ci a relevé le poids croissant du « méta-travail », de toutes les tâches d’organisation, de coordination, de gestion de l’information entourant le travail productif proprement dit. Toute cette communication passant par les ordinateurs, smartphones et autres tablettes occupe le cerveau accroissant ainsi sans cesse le charge mentale pesant sur les travailleurs.

La table ronde de l’après-midi a permis à deux nouveaux interlocuteurs de prendre la parole devant l’assemblée, le vice-directeur d’une entreprise active dans le domaine des logiciels de gestion d’entreprise, Olivier Leuenberger, et le professeur d’éthique économique Michael Gonin.

Le premier, proposant le néologisme « effi-sens », a souligné la nécessité pour une entreprise non seulement d’être efficace, mais d’offrir du sens à ses employés. Car c’est par le sens du travail que l’on est motivé. Le second a relevé que l’intelligence humaine ne peut pas se réduire à la pure raison calculatrice propre à l’intelligence artificielle. Elle s’étend à l’émotion, l’empathie, la spiritualité. L’humain est le seul animal à disposer d’une double réalité, celle qui se voit et se touche, celle qu’il façonne par son imaginaire. Si la monnaie se voit et se touche, son sens n’est perceptible que par l’humain… qui peut se faire piéger par ce qu’il crée ainsi.

Pour terminer, je reprends deux points concrets amenés par des participants. Le premier touche au relationnel : un robot peut toucher l’épaule d’une personne âgée dans un EMS, mais il ne pourra pas transmettre la compassion que deux humains peuvent partager. Le deuxième est d’ordre politique : ne faut-il pas changer la loi sur le chômage afin qu’elle autorise des formations en vue d’une reconversion professionnelle dans les nouveaux métiers qui apparaissent ?

Jean-Claude Huot